OLF  collectif 13

Alors que Bertrand Cantat poursuit sa tournée, nous continuons à interpeller le public sur la gravité des violences contre les femmes et sur les conditions de réinsertion des coupables de féminicide.

Après l’annulation de plusieurs dates de concert, nous restons mobilisées partout en France. Après Strasbourg, Montpellier, Grenoble, Clermont-Ferrand, Lyon, Caen, et Rouen, Rennes et Toulouse, Osez le féminisme ! et le Collectif 13 Droits des femmes seront mobilisés cette semaine, à Marseille.

Nous souhaitons interpeller le public, les programmateurs et la Ville de Marseille sur l’opportunité de programmer un concert de Bertrand Cantat.

Bertrand Cantat a le droit de se réinsérer. Mais rien n’est oublié, la dette ne peut être soldée. D’ailleurs, le casier judiciaire conserve la trace des condamnations pénales.

Dans un contexte où une femme meurt tous les 2,5 jours tuée par son conjoint, sa présence et la célébration qui s’ensuit, traduisent l’acceptation sociale des violences masculines. Laisser un personnage public reprendre une activité qui le met en avant, alors qu’il a tué une femme, c’est encourager le féminicide. La scène implique de porter une parole publique et de bénéficier d’un ascendant social. Pouvoir, contrôle et domination sont au cœur de la dynamique des violences conjugales, et sont inhérents à la scène.

Notre rôle en tant que féministes est d’interroger les faits sociétaux et les lois, en prenant appui sur les situations individuelles. Le cas Cantat met en évidence la nécessité de repenser les conditions de réinsertion des coupables de féminicide. Les politiciens condamnés pour crimes et délits voient leur peine assortie d’une période d’inéligibilité, les privant de toute parole publique. Il pourrait en être de même pour les artistes. Par ailleurs, certains métiers ne sont accessibles qu’aux personnes au casier judiciaire vierge…

Le droit à la réinsertion n’est pas le droit à être célébré. Programmer un concert de Cantat et l’applaudir n’a rien d’anodin. L’artiste produit l’œuvre. Appeler à la dissociation entre l’artiste et son œuvre, revient à décider de fermer les yeux sur les actes que l’on sait dérangeants. Que somme-nous prêts à excuser et à quel prix ? N’avons-nous pas trop entendu « Tout le monde savait » ?

Nous luttons pour rappeler qu’on ne tue jamais par amour. Nous appelons à la responsabilité du public, des programmateurs et de la Ville de Marseille. Nous constatons également l’indispensable travail de responsabilisation qui doit être mené auprès des coupables de violences contre les femmes.