Début juillet, à Aix-en-Provence, nous recevions des messages privés, provenant de passantes sur le cours Saint-Louis. Elles exprimaient leur colère face à une affiche d’un sexisme assumé, exposée dans l’espace public.

Le responsable de cet affichage – OBarbier – indique que “c’est l’histoire d’une petite plaisanterie”. Une image qu’il “jugeait amusante”, et il maintient qu’il “n’est pas sûr d’avoir totalement compris” où était le problème.

Voyons de plus près ce qui est considéré comme amusant par ce barbier. Il vend des services de barbier et de coiffure pour hommes. Ses clients sont exclusivement masculins, mais sur son affiche, iI choisit d’utiliser le corps dénudé d’une femme sans tête et sans jambes. Il place au centre de l’image un sexe féminin, qu’une femme protège de sa main gauche. Six mains d’hommes munies de rasoirs et autres objets tranchants, entourent le sexe de cette femme. Un slogan : “Pas sûr d’être rasé de près ? Faites confiance à nos mains d’experts.”

L’affiche présente une femme-tronc, le classique des publicités sexistes. Le corps est traité comme un objet sans visage, sans identité. Les femmes ne sont pas des objets, notre corps n’est pas une marchandise. Nous n’avons pas à être instrumentalisées pour vendre des services à des hommes.

Sur cette affiche, une femme tente de protéger son sexe de l’assaut de six mains d’hommes. Qu’y a -t-il d’amusant à cela ? Ce sont des mains de barbiers, elles tiennent ciseaux, rasoir, peigne, tondeuse. Mais, pourquoi les placer tout autour du sexe féminin si ce n’est pour « s’amuser » de la menace potentielle sur ce sexe de femme. Menace de se voir coupé, mutilé, introduit. Le choix a porté sur un sexe de femme et non sur un sexe d’homme. Une femme placée dans cette posture serait donc plus amusant…

Nous aurions trop d’imagination? Réfléchissons à une situation où, pour vendre des couteaux de cuisine, nous représenterions un sexe masculin, protégé par la main d’un homme et tout autour des mains de femmes tenant des couteaux? L’image serait sexiste et violente. Ce ne serait pas drôle.

Voilà bien ce que l’on qualifie de culture du viol : cette idée selon laquelle il serait normal, banal, amusant d’exposer les filles et les femmes à la menace de l’agression, à la menace du viol et de les maintenir sous contrôle, par cette peur. La banalisation des violences facilite le passage à l’acte.

600 000 femmes sont victimes de violences sexuelles, chaque année (INED). Un viol, toutes les huit minutes, en France. Ces chiffres ne diminueront pas tant que le climat général ne changera pas.
La culture du viol est tellement intégrée par la plupart d’entre nous, femmes et hommes, qu’une telle affiche est perçue par certain.es comme de l’humour. Cet humour tue !

Les victimes d’agressions sexuelles et de viol, n’ont pas à être confrontées à une telle affiche dans l’espace public. Aucune fille, aucun garçon, aucune femme, aucun homme ne doit être exposé à de telles affiches sexistes et violentes.

Pour combattre la culture du viol , il faut qu’elle soit comprise par toutes et tous. Le viol est un crime depuis 1978. Souvenons-nous que c’est au tribunal d’Aix-en-Provence qu’il a été reconnu comme tel pour la première fois après la plaidoirie de Gisèle Halimi. Quarante ans après, ces crimes de viol sont encore très peu dénoncés et l’impunité règne parce que la société française n’a pas encore compris en quoi consistait la culture du viol et pourquoi elle doit être combattue.

Nous demandons le retrait immédiat de cette affiche qui nuit à la construction de rapports égalitaires entre les femmes et les hommes, auxquels prétend notre République et que se doit de faire respecter la ville d’Aix-en-Provence.

L’équipe de Osez le féminisme! 13

 

Ce communiqué de presse, a été écrit par l'antenne d'Osez le Féminisme ! 13 (Marseille-Aix). Bravo à elles ! Le post FB sur leur page a été (beaucoup) attaqué par des trolls, comme souvent quand les féministes déconstruisent le sexisme. Alors n'hésitez pas à les soutenir dans vos commentaires sur leur page, et pensez aussi à signaler cette publicité au Jury de déontologie publicitaire  www.jdp-pub.org
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