ILS SAVENT CE QU’ILS FONT : DÉCRYPTONS LEUR STRATÉGIE

L’origine de cet article est la précieuse méthode du Collectif Féministe Contre le Viol pour décrypter la stratégie des agresseurs. Cette stratégie des agresseurs s’appuie sur les leviers d’emprise produits par le continuum des violences masculines. Y compris les violences des hommes nommées «inégalités», «stéréotypes», «virilité», «blagues», «lâchetés», «inconscience» ou encore «sexisme ordinaire». La stratégie des agresseurs au plan individuel est d’ailleurs imbriquée avec la stratégie collective des agresseurs en tant que classe ou caste, appelée système patriarcal.

C’est ce qui permet aux agresseurs de pouvoir cibler des femmes bien plus intelligentes qu’eux, tout comme des femmes disposant d’une situation professionnelle/matérielle/ affective censée – nous dit-on – les mettre à l’abri.

Chaque année, 86 000 femmes et 124 000 filles subissent des viols et tentatives de viols commis par des hommes (INSEE–ONRDP, 2010–2015). Les violeurs sont de tous les milieux sociaux-culturels, âges, physiques, courants politiques, etc. L’enquête France Info-Le Figaro du 19/10/2017 indique que plus d’une Française sur deux a déjà été victime de harcèlement ou d’agression sexuelle ! Or les viols et agressions sexuelles sont à la fois les crimes et délits les plus jugés dans les tribunaux d’Assises et correctionnels, mais aussi les moins dénoncés et, parmi ceux qui font l’objet d’une plainte, les moins punis. 10% seulement des femmes victimes parviennent à porter plainte. Pas même 2% de ces plaintes aboutissent à une condamnation du violeur aux Assises. Ainsi, là où, autour des victimes, trop nombreux sont ceux qui leur font croire qu’elles auraient été «naïves» ou qu’elles auraient dû «voir venir», «partir à la première gi e», «réagir autrement», «hurler non» et «se débattre», braquons la lampe sur la stratégie des hommes coupables de violences sexistes.

1. Ils ciblent dans un contexte vulnérabilisant et mettent en confiance

Outre qu’il est un homme dans une société patriarcale, l’agresseur dispose d’autres armes d’emprise à l’encontre des personnes qu’il choisit d’agresser. Il les cible dans son entourage, dans 90% des situations. Il est leur père, frère, mari, amant, ami, voisin, médecin, professeur, avocat, camarade militant, artiste préféré, etc.

L’agresseur prévoit de commettre les violences dans un contexte qui vulnérabilise la victime : sommeil, maladie, entourage toxique, épreuve, psychotraumatisme antérieur, etc. Or le patriarcat est un contexte vulnérabilisant à l’encontre des enfants et des femmes. Là où le patriarcat insécurise, divise, envahit psychiquement les filles et les femmes, les agresseurs font mine de remplir leur citerne d’estime de soi, puis la mitraillent encore davantage. Les victimes racontent bien comme ils souf ent le chaud, puis le froid. Après les avoir mises sous perfusion d’attentes ou d’apparente valorisation, les agresseurs déçoivent méthodiquement les aspirations des victimes, de façon à ce qu’elles les écoutent eux plus qu’elles- mêmes.

2. Ils isolent

Pour perpétrer l’agression impunément, l’agresseur isole la victime aux plans géographique/affectif/matériel. Le huis-clos du foyer isole femmes et enfants, de facto, d’où la stupé ante facilité d’un père/ grand-père/frère pédocriminel à violer un.e enfant. Le conjoint violent martèle : « Tu vois trop souvent tes amies. Tu les aimes plus que moi ? » «Amour», «jalousie», etc : autant d’alibis pour une même stratégie de contrôle et d’isolement.

3. Ils dévalorisent

L’agresseur humilie les personnes qu’il choisit d’attaquer. Il critique. Puis il rabaisse, moque en veillant à ce que d’autres rient avec lui, chosi e, accuse les victimes d’exagérer. Ce dénigrement, comme tout mensonge répété, nit par sembler vraisemblable. L’agresseur empêche ainsi peu à peu la victime de s’écouter jusqu’au bout et de résister. Puis ce sera le retour à la mise en « con ance ».

4. Ils inversent la culpabilité

L’inversion de la honte et de la culpabilité est un élément clé pour emmurer les victimes dans la propagande des agresseurs, donc dans la haine de soi et la division entre opprimées. Le conjoint violent justi e ses violences verbales et physiques par des propos sidérants : « tu as brûlé le repas, ça m’a énervé. Tu es trop coincée, je n’en peux plus, tu me pousses à bout. ».

Un violeur clame que les femmes comme les llettes l’auraient « aguiché », que c’était « un jeu ». De façon générale, les agresseurs adorent convaincre qu’ils ne se sont pas rendus compte, que c’est « un malentendu », qu’ils n’ont « pas compris que c’était non ». Or ce mensonge d’agresseur est ancré dans notre culture. D’où les années volées aux victimes en tentatives d’explications/médiations/débats/thérapies familiales, au pro t des agresseurs.

5. Ils insécurisent et verrouillent le secret

Pour construire son impunité, l’agresseur contraint les victimes à se taire, notamment par la terreur. Il utilise pour cela ses leviers de pouvoir. Weinstein a menacé les actrices de ruiner leur carrière si elles parlaient et a mis cela à exécution. Un père pédocriminel chuchote avec un regard assassin : « sinon tu feras de la peine à ta mère, tu briseras la famille ».

Osez le Féminisme !

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PS : Cet article est paru dans le journal 48 d’Osez le Féminisme ! (numéro spécial sur les violences sexistes et sexistes). A l’approche de cette journée du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, il est apparu important de partager avec vous ce décryptage de la stratégie des agresseurs. Vous pouvez retrouver l’intégralité du dossier violences du journal en adhérant à l’association. Adhérez et soutenez la lutte féministe pour le 8 mars !

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