Tribune parue dans l’Humanité le 12 février 2019, par Raphaelle REMY-LELEU, porte-parole d’Osez le Féminisme !

La menace vient des hommes. Cette réponse ne sera sûrement pas appréciée, mais pour changer le monde il faut le regarder en face. Dans les rapports sociaux de sexe, les dominées existent parce qu’il y a des dominants. Les femmes ne sont pas uniquement les victimes de quelques individus déviants, ou d’un système purement symbolique ; le patriarcat, dans tous ses enchevêtrements, est à la solde des privilèges masculins. Ce sont bien les hommes, pétris par ces privilèges, éduqués dans une pensée de violence et de supériorité, qui insultent, harcèlent, violent, tuent. Et, ce faisant, font vivre et perdurer le sexisme.

Il est important de rappeler cette évidence. Non pas pour installer une guerre des sexes, reproche souvent fait aux féministes, mais pour démontrer que cette guerre a déjà lieu, et qu’elle est menée contre les femmes. Les chiffres sont effarants, et l’absence de progrès en la matière, terrifiante. Le caractère massif des violences commises par des hommes contre des femmes nous oblige à battre en brèche cette idée que nous serions à égalité face aux violences. Pas plus tard qu’hier, l’un des hommes ayant reconnu des faits de harcèlement parmi l’abjecte Ligue du LOL clamait n’avoir pas fait de distinction de sexe entre les personnes harcelées. Les témoignages de dizaines de femmes donnent une tout autre version de l’histoire. La violence des hommes, dans une société sexiste, n’est pas aveugle, elle est dirigée et spécifiée contre les femmes.

Il est difficile de combattre les violences masculines si elles ne sont pas appelées comme telles. Nous n’avons pourtant pas de peine à nommer les victimes : « violences faites aux femmes », « violences faites aux enfants ». Mais d’où viennent ces violences ? Elles ne tombent pas du ciel. En insistant toujours sur les victimes, et non pas sur les bourreaux, nous nous privons d’importantes clés d’analyse et de leviers d’action.

Ces dernières années, nous avons observé et soutenu une démultiplication des témoignages, des initiatives soutenant les filles et les femmes, leur proposant des cadres de parole et d’écoute. Mais l’attention a été détournée par une catégorisation des violences selon le lieu où elles étaient exercées : le harcèlement de rue en étant le meilleur exemple. Avez-vous déjà vu un lampadaire harceler une femme ? Un passage piéton lui sauter dessus ? Non. Ce sont des hommes qui harcèlent des femmes, de manière sexiste, dans la rue. Et sans forcément s’y arrêter : quid des mesures de protection qui ont été annoncées par le gouvernement (notamment la fameuse contravention pour outrage sexiste) une fois passé le seuil d’une porte ?

Il est donc important de pouvoir interroger les stratégies des agresseurs. Le raisonnement peut être tenu pour une longue liste de milieux, à retrouver parmi les « paye ta » : paye ta blouse, paye ta robe, paye ta fac, paye ta bulle, etc.

En plus des spécificités propres à chaque domaine, on retrouve toujours la même stratégie chez les agresseurs : exploitation d’une situation de vulnérabilité, inversion de la culpabilité et de la honte, construction de l’impunité… Le procès intenté par Denis Baupin aux femmes et rédactions ayant publiquement témoigné contre lui fut une démonstration quasiment parfaite de ces différentes étapes. Quand des hommes mettront à nouveau du rouge à lèvres pour lutter contre les violences faites aux femmes, ou toute autre initiative du même acabit, j’espère que nous pourrons librement interroger la place des loups dans la bergerie.

La menace est loin d’être fantôme, les droits des femmes seront difficilement conquis et défendus tant que ces violences masculines entraveront nos vies.

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