Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur et Mme Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, ont annoncé lundi 26 novembre via un communiqué de presse que « 125 personnes sont mortes en 2017, victimes de la violence de leur partenaire ou de leur ex-partenaire de vie (contre 138 en 2016 et 136 en 2015), dont 109 femmes et 16 hommes. »

Alors que jusqu’en 2016, ces données étaient publiées en juin, ce compte des féminicides est, cette année encore, non seulement tardif mais également présenté de manière à minimiser les faits, voire à les falsifier.

Le communiqué de presse évoque en effet une diminution des chiffres en ne citant que les 109 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint «officiel» (soit mariée ou pacsée) quand un total de 130 femmes ont été tuées par leurs conjoints ou ex-conjoints en 2017 soit 21 de plus que le chiffre annoncé et 7 de plus qu’en 2016 !

De plus, le texte mentionne « le nombre total de décès résultant de ces violences », mettant les meurtriers violents suicidés et leurs victimes sur un insupportable pied d’égalité. Est-ce donc si difficile de comprendre que, lors de violences conjugales, il n’y a jamais de symétrie ? Nous rappelons qu’une femme n’est jamais responsable des violences qu’elle subit.

Enfin, le communiqué ne s’attarde pas sur les chiffres et oublie de diffuser l’étude nationale sur les morts violentes au sein du couple, pour se concentrer essentiellement sur le lancement d’un portail de signalement en ligne des violences sexuelles et sexistes.

Or, ce lancement, lui aussi, interpelle : si après l’avoir réclamé pendant des années, nous saluons l’idée d’un « échange personnalisé et adapté » avec un·e policier·e ou un·e gendarme « spécifiquement formé·e », nous avons néanmoins de nombreuses questions :

  • Pourquoi un site pour « accompagner », « orienter » et « faciliter la prise en charge » des victimes alors que des numéros verts existent (39 19 et 0800 05 95 95) et remplissent déjà ces missions ?
  • Comment des permanences réduites à 4 professionnel·les peuvent-elles assurer une réponse suffisante alors que, rien qu’en 2017 selon la MIPROF, au moins 219 000 femmes ont été victimes de violences physiques et/ou sexuelles par leur conjoint et 94 000 femmes majeures ont été victimes de viols et/ou de tentatives de viol ?
  • Pourquoi des professionnel·les formé·es en ligne uniquement ? Quel est l’intérêt si ces dernier·es réorientent ensuite les victimes vers les commissariats et gendarmeries où elles devront recommencer leur récit devant des professionnel·les peut-être non formé·es ?

Osez le Féminisme ! s’insurge de ces minimisations et effets d’annonce. Nous appelons une fois encore à une véritable politique féministe de lutte contre les violences masculines, à savoir une politique transversale, contextualisée et cohérente associant application de la loi, formation de l’ensemble des professionnel·les de police, justice et médecine, prise en charge des soins des victimes, moyens dédiés aux associations les accompagnant et éducation non sexiste.